Appel à communications: Le problème du mal dans la philosophie européenne moderne et contemporaine

Pour plusieurs, le développement et les avancées souvent fulgurantes des différentes sciences modernes depuis le 19ème siècle ont permis — et permettent toujours — d’entretenir l’espoir que le mal, sans pouvoir être complètement éradiqué, trouvera des explications de type sociologique, psychologique, voire neurologique et génétique qui sont porteuses de mesures susceptibles d’en atténuer de façon significative les douleurs et les souffrances. Pour d’autres, en revanche, cet espoir, hérité des idéaux des Lumières, ne s’est avéré être qu’une illusion et la réalité tant naturelle qu’humaine — dans ses dimensions morales, politiques et historiques —  semble plutôt montrer que le mal est, en totalité ou en partie, irréductible à cet espoir et aux « solutions » qu’il véhicule. À cet égard, il est bien connu qu’un certain nombre de philosophes et d’écrivains du vingtième  siècle, dont les plus célèbres sont sans doute Theodor W. Adorno, Hannah Arendt, Emmanuel Levinas, Primo Levi et Elie Wiesel, ont développé leurs réflexions sur le mal en référence à l’horreur d’Auschwitz et des camps de concentration. Plus récemment, le terme ou la notion du mal a même été, pour ainsi dire, projetée à l’avant-plan de l’actualité lorsqu’au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush justifia l’intervention de l’armée américaine en Iraq en invoquant la nécessité de combattre ce qu’il appela alors « l’axe du mal ». Les profonds bouleversements politiques des dernières années et les nombreux attentats perpétrés par Al-Qaïda, Daech et autres groupes qualifiés de terroristes n’ont, bien sûr, eu pour effet que de maintenir cette actualité.

Il n’est donc pas surprenant, dans ce contexte, que des philosophes, théologiens et  penseurs aient entrepris de poursuivre et d’étendre cette réflexion sur le mal. Pour certains d’entre eux, une telle réflexion se devait de prendre la forme d’un réexamen ou d’une analyse à nouveaux frais des principaux jalons qui ont marqué la réflexion philosophique à partir de Kant qui, on le sait, soutenait dans son célèbre écrit sur la religion que le mal est une propension ou un penchant (ein Hang) qui a son origine dans la raison humaine elle-même. Pour Susan Neiman (2002), Peter Dews (2006) et plusieurs autres commentateurs, cette conception de même que les réponses et critiques qu’elle suscita chez des philosophes comme Fichte, Schelling, Hegel, Nietzsche, Heidegger, Bataille, Lacan, Ricœur et ceux mentionnés ci-dessus permettent de définir les termes d’une compréhension qui rend véritablement justice à ce que d’aucuns estiment être le caractère insondable, abyssal, voire énigmatique ou même banal du mal.

Ce colloque se propose, à son tour, de revoir et d’examiner les termes à partir desquels se sont définies les différentes conceptions du mal chez Kant et dans la philosophie post-kantienne jusqu’à aujourd’hui. Dans ce cadre, plusieurs thèmes ou sous-thèmes pourront être abordés, dont les suivants :

  • Le mal chez l’un des philosophes mentionnés ci-dessus.
  • Le problème de l’origine du mal chez Kant et chez les philosophes post-kantiens.
  • Les différentes dimensions du mal (métaphysique, physique, morale, politique).
  • Les rapports entre le mal, la liberté et la volonté.
  • Le mal et le thème de la théodicée.
  • Les différences et similitudes entre la conception du mal chez Kant et chez l’un de ces prédécesseurs (Leibniz, Spinoza, Descartes, Thomas d’Aquin, Augustin).
  • Le mal chez un théologien ou une théologienne qui situe sa réflexion dans le prolongement de la philosophie kantienne et post-kantienne.
  • L’expérience du mal dans la (post) modernité « désenchantée » et « sécularisée ».
  • La psychanalyse et le mal.

Intitulé Le problème du mal dans la philosophie européenne moderne et contemporaine, ce colloque est organisé par le département de philosophie de l’Université Bishop’s (Sherbrooke, Québec) et se tiendra les 28 et 29 avril 2017. Les personnes intéressées sont priées d’envoyer un résumé d’environ 300 mots (accompagné d’un court CV) avant le 31 décembre, 2016 aux professeurs Martin Thibodeau (mthibode@ubishops.ca) et Jamie Crooks (jcrooks@ubishops.ca). Les personnes sélectionnées (13 janvier, 2017) devront envoyer le texte complet de leur communication avant le 17 mars, 2017. Les propositions retenues feront l’objet d’une communication de 30 minutes.

Nous envisageons de publier un certain nombre des communications qui auront été présentées lors de ce colloque sous la forme d’un ouvrage collectif. Nous prions donc ceux et celles dont la communication aura été retenue de la réserver pour cette publication.

 

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